Identité aux milles couleurs

Qui sommes-nous?

Qui sommes-nous? Qu’est-ce qui nous rend si différents des autres? Sommes-nous uniquement ce que les autres voient de nous? Quelles sont nos forces et nos limites? Voici autant de questions que nous nous posons tout au long de notre existence. Si à certaines périodes de notre histoire, il est plus facile de répondre à ces questions, nous serons tous confrontés à des événements qui remettent en question cette vision de nous-mêmes que l’on croyait si stable.

Tout au long de notre existence, la vie nous offre d’apprendre et de découvrir des facettes de nous-même que nous ne connaissions pas. Que l’on soit un enfant de riches ou un homme seul en fin de vie, la vie nous apporte toujours les outils pour que notre âme puise l’amour dont elle a besoin pour s’épanouir. Néanmoins, un ensemble de croyances et de conditionnement nous empêche d’avoir un accès. Il est donc très important de rester ouverts à ces événements qui permettent à notre monde intérieur de fleurir.

Notre monde intérieur est un amalgame d’éléments très complexes qui est en interrelation et en changement constant pour faire de nous la personne que nous sommes aujourd’hui. Comme nous pouvons le voir dans le graphique 1.1, notre monde intérieur est construit avec des traits de personnalité parfois opposée. Par contre, dans certaines circonstances particulières, nous aurons à les utiliser. Que ce trait soit naturellement grand ou pas, les situations ou les rencontres qui les font ressortir peuvent nous laisser croire que nous ne sommes plus que ceux-ci.

Certaines composantes de notre monde intérieur

La notion d’identité est très complexe. Les études, les croyances et les théories sont nombreuses là-dessus. La complexité du sujet résident probablement dans l’ampleur des éléments constituant notre monde intérieur de chacun. Avec tous les côtés sombres et lumineux, il est impossible de saisir et de cerner l’ensemble de la personnalité des gens qui croisent notre route. Tout au plus, nous aurons la chance de percevoir des facettes très particulières de notre monde ainsi que de celui de ceux que l’ont côtoient. Par nos interactions nous mettons l’accent (comme une grande loupe) sur une partie très restreinte de notre monde. Nous n’aurons accès qu’à une infime partie de l’ensemble des composantes de soi ou des autres. C’est souvent la négation des traits qui aimeraient vivre qui engendre un état d’être instable.

Graphique 1.1


À l’intérieur de chacun de nous se retrouve un nombre considérable de forces, de limites, de qualités, de défauts, de passions, de caractéristiques physiques, d’intérêts, de dédains, de peurs et de rêves qui façonnent notre monde et donnent une couleur toute spéciale à notre identité et à notre quotidien. En accueillant l’ensemble de ces éléments de notre identité tout en s’ouvrant aux parties que l’on connaît moins, nous consolidons la base qui nous permettra d’acquérir la confiance en soi nécessaire pour aller de l’avant malgré les nombreux défis que la vie peut imposer.

Sans même s’attarder ce qui fait de nous des êtres uniques, nous tentons trop souvent de se créer une identité en fonction de nos conditions de vie extérieure. Il faut faire une distinction importante entre l’estime de soi en fonction de son être et de son agir. Trop de personnes se croient valables seulement à cause de leurs actions. La perception qu’elles ont d’elles-mêmes est alors en lien avec leurs fonctions sociales. Privées de ce titre, elles se sentent désemparées.

Que l’on soit mère, père, avocat, sans-emploi, médecin, professeur, immigrant ou camionneur, ces statuts sociaux contribuent à l’image que l’on a de nous-mêmes. Ces caractéristiques extérieures (ou fonctions sociales), malgré l’importance qu’elles peuvent prendre dans notre vie, ne correspondent qu’à une infime partie de notre identité. À travers les différentes périodes de notre histoire, nous ferons ressortir qu’une petite partie de notre être. Cette petite partie nous lèguera même la croyance qu’il s’agit de l’ensemble de notre être. En fixant toute notre vie sur des éléments précis, on développe la croyance (qui se cimente en certitude) que nous ne pouvons être autre chose.

Des traits qui s’opposent en chacun de nous

Nous ne devenons ni généreux, ni violent, ou ni empathique du jour au lendemain. Nous avons tous quelque part en nous ces traits de personnalité et notre histoire personnelle n’a fait que ressortir certains plus que d’autres. Il nous est donc possible d’aller chercher en nous ces traits qui contribuent au monde dans une mesure où l’amour et la compassion sont les véhicules de nos actes.

Tout le monde a en lui, par exemple, un côté agressif. Dans certains cas, c’est par des facteurs extérieurs (culture, environnement familial) que ce côté de leur personnalité aura été amplifié. Par contre, les conditions matérielles souvent confortables, fera en sorte que nous n’exprimerons jamais ce trait dans toute son ampleur. Toutefois, lorsqu’une partie de notre être est touchée, on peut voir ce trait ressortir. C’est pour cette raison qu’on va parfois entendre le commentaire, après un drame familial : c’était un homme sans histoire, bon père de famille!

Pendant notre enfance, nous avons observé le monde qui nous entoure et c’est en se comparant à celui-ci que nous nous sommes forgés une identité. C’est à travers le regard des gens que l’on côtoie que l’on prendra conscience des traits de personnalité qui nous sont propres. C’est la raison pour laquelle lorsque notre environnement immédiat a fait une expérience très restreinte de l’amour, c’est l’ensemble de notre vie d’enfant qui grandit en bloquant l’accès à cette partie que nous avons pourtant en chacun de nous.

Les deux exemples qui suivent démontrent le caractère très restreint que nous donnons à notre identité. Plus nous limitons l’accès à des traits de personnalité, plus les crises identitaires seront propices à survenir. Apprendre à s’aimer, c’est avant tout accepter et accueillir les ambivalences qui vivent en nous.

La notion de rôle extérieurs

Lorsque nos rôles extérieurs (fonctions sociales, travail...) ne nous donnent plus la reconnaissance que nous avions besoin, nous en arrivons à croire que nous ne valons plus rien. C’est ce qui se passe parfois à la retraite ou après certains grands changements (comme l’exemple qui suit).

En oeuvrant à faire vivre une plus grande partie de nos traits de personnalité, nous nous assurons une stabilité beaucoup plus grande tout en donnant un sens plus grand à notre existence. C’est cette stabilité qui nous permettra d’affronter les nombreux défis qui arriveront sur notre route. (Voir exemple suivant)

 

Voici Nathalie, une mère de 43 ans. Lorsqu’elle a décidé de fonder une famille, son mari et elle ont décidé qu’elle resterait à la maison. Le travail de son mari lui a permis de faire ce choix et elle fut très heureuse de jouer ce rôle de mère au foyer. Elle a dû acquérir des connaissances très pratiques qui lui ont permis d’avancer et d’élever ses deux garçons.

Malgré des intérêts et des forces très variés, les 20 dernières années ont été vouées à l’éducation des enfants.

Avec le temps qui a passé, Nathalie à de plus en plus oublié les autres traits de sa personnalité afin de se concentrer sur les préoccupations très pratiques liées à la vie de famille.

Au début de la vingtaine, ses deux garçons ont décidé d’aller vivre dans une autre ville pour débuter des études collégiales et universitaires. Privée de son rôle de mère à temps plein, Nathalie, se sent anxieuse. Elle cherche par tous les moyens à continuer de s’occuper de ses enfants qui semblent se plaire dans leur nouvelle vie d’adulte. Malgré une belle entente familiale, Nathalie sent qu’elle est maintenant trop présente. Elle ne sait plus quoi faire et sent que l’adaptation à sa nouvelle réalité sera très difficile.

Il a fallut quelque temps à Nathalie pour accepter le départ de ses enfants. Après quelques semaines, elle a réalisé que le plus difficile n’était pas d’accepter ce départ mais plutôt de faire le deuil de son rôle (et son identité) de mère de famille qu’elle avait toujours eut plaisir à jouer. 

À 43 ans, Nathalie retrouve le goût de vivre d’autres traits de sa personnalité qu’elle avait mis de côté pour s’occuper de ses enfants. Il s’agit pour elle d’un nouveau défi qu’elle prend plaisir à relever au fur et à mesure qu’elle découvre en elle des rêves et des projets qu’elle avait oubliés avec le temps.

           Depuis qu’elle pense à elle, la relation avec ses deux garçons a retrouvé la douceur et la légèreté d’antan. En se concentrant à répondre à ses besoins tout en élargissant son identité, elle enlève une pression énorme sur ses enfants. Chaque rencontre est maintenant pour toute la famille un moment privilégié où chacun raconte sa nouvelle vie et les nombreux défis de tous les jours. Nathalie a réalisé qu’elle pouvait être une mère qui aimait beaucoup ses enfants sans pour autant être toujours présente à leur côté.

           Mais qu’a fait Nathalie pour affronter pleinement la nouvelle réalité et s’assurer d’une certaine quiétude dans sa vie de tous les jours? Comment a-t-elle fait vivre ces traits de personnalité qui sommeillaient en elle?

         Comme pour Nathalie, il nous est tous possible de reconnecter avec des composantes oubliées de notre nature. Les situations que nous vivons ne font remonter à la surface qu’une infime partie qui sommeille en nous. Il est donc très important de ne pas restreindre notre identité par nos rôles extérieurs. Mais lorsqu’on vit une même situation pendant une période plus ou moins longue, il n’est pas facile de reprendre contact avec ce trait que nous avons mis de côté. Néanmoins, il n’est jamais trop tard pour apprendre à voir et à vivre ce qui fait de nous des êtres uniques.

En confinant la nature de l’Homme à un élément en particulier, on empêche souvent de faire ressortir le meilleur qui se cache en nous. Il y a en chacun de nous une grande capacité à faire le bien. Mais certains facteurs de notre histoire ont fait en sorte que nous avons restreint notre regard (comme une loupe le fait) sur les côtés les plus sombres de notre personnalité.

         Il est important de rester conscients que nos gestes d’encouragement, notre écoute et notre empathie peuvent aider les gens qui croisent notre route à retrouver l’accès à ces parties extraordinaires qui ne demandent qu’à vivre. En réalisant que chacun de nous porte en lui la capacité à faire le bien, on s’offre des rencontres pleines de douceur et de joie. Comme les apparences sont souvent trompeuses, il nous arrive souvent d’isoler et de limiter notre perception des autres aux facettes obscures.

Adulte, nous devrions pouvoir être conscients de nos forces, de nos limites et de nos capacités. Ce processus, par lequel l’enfant, en passant à l’âge adulte, en arrive à répondre lui-même à ses besoins, s’appelle le processus d’autonomisation. Mais la réalité est bien différente.

Comme nous l’avons dit auparavant, l’identité se crée avant tout autre chose par le regard que les autres portent sur nous. Si ce regard est limité à quelques aspects restreints, c’est l’ensemble de l’expérience que l’on fait de la vie qu’on emprisonne. Même si ce regard prend une importance très grande durant l’enfance et l’adolescence, bon nombre d’entre nous attendront toute leur vie des commentaires approbateurs avant de prendre une décision. Ce processus fait également partit de l’autonomie que devraient avoir acquis l’adulte. Ce manque d’autonomie et de maturité est masqué par une réussite sociale parfois exemplaire. 

L’amélioration de l’estime de soi devient donc un élément central à tout changement puisqu’elle nous donnera une possibilité d’exprimer clairement nos besoins tout en gardant l’accès à l’ensemble de notre nature.

Une étape importante afin de changer notre perception de nous-mêmes consiste à réaliser l’ampleur du monde qui vit en nous. Réaliser l’étendu et toute la complexité de notre nature est une étape incontournable pour s’accaparer des outils dont nous avons besoin pour reprendre un plein pouvoir sur notre vie.

 

Gilles a 52 ans. Il travaille depuis près de 24 ans, au ministère du Revenu et est très apprécié dans son milieu de travail. De par son implication très grande auprès de ses collègues, il est reconnu pour son côté intellectuel, sa rigueur au travail et son sens pratique. Il a également développé une capacité à identifier les problèmes qui se posent au travail et est devenu une ressource irremplaçable pour ses collègues.

Mais dans son grand dévouement à son emploi, Gilles à complètement mis de côté certains traits de sa personnalité.
          
Tant que Gilles est au travail, il se sent heureux et bien. Même s’il lui reste encore quelques années avant la retraite, il entrevoit déjà cette période avec beaucoup d’anxiété. Il se pose un tas de questions. Que ferais-je? Serais-je encore apprécié et entouré? Serais-je encore utile à la société?

           En observant le graphique du monde intérieur de Gilles, on s’aperçoit que même s’il obtient la reconnaissance de son milieu, son quotidien ne fait vivre qu’une infime partie de ce qu’il porte en lui. C’est souvent la négation d’éléments très importants à notre monde intérieur qui peut engendrer certaines instabilités.

           Avec les années qui ont passées, il en est même arrivé à croire qu’il ne savait rien faire d’autre que ce qui était relié à son travail. Il est surpris de voir la différence entre la confiance qu’il a au travail et celle qu’il a peine à trouver dans d’autres secteurs de sa vie. Sans enfant et sans conjointe, Gilles se retrouve parfois un peu seul et il sent qu’il lui manque quelque chose. Lorsqu’on regarde les traits de personnalité que son vécu fait ressortir, on réalise que Gilles a délaissé plusieurs aspects. Pourtant, Gilles avait un côté artistique très développé que certaines pressions familiales l’on contraint à abandonner.

           Mais que peut faire Gilles pour découvrir et appliquer ses diverses aptitudes pour acquérir un meilleur équilibre dans ses activités? Comment Gilles pourrait s’assurer de faire vivre d’autres forces et des goûts qui sont en lui?

 

 

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